
Loana, un nom, une icône et une femme
La mort de Loana nous a tous secoués. Pourtant, entre les dépressions, addictions, répétitions de ces malheurs et surtout, une exposition malsaine qui l’a détruite, sa fin n’était pas une surprise.
La femme comme champ de bataille
Ce titre est tiré de la pièce de théâtre éponyme de l’auteur roumain Matéi Visniec et, même si le sujet de son œuvre ne met pas en scène une bimbo, il reflète bien ce que la femme doit endurer.
Depuis son entrée dans le loft, où son image a été préalablement construite comme la parfaite cagole de Nice, Loana a été décortiquée sous tous les angles. Lorsque l’on prête attention à la façon dont elle a été traitée dans les médias, on se rend compte que, décidément, rien ne va chez la femme. Trop belle, on la sexualise ; trop grosse, on la détruit. Trop naïve, on la moque ; trop fragile, on la bouscule ; trop criante, on la traite d’hystérique ; trop grande gueule, on la fait taire… bref, à part quand elle s’affiche en photo parfaite sur Instagram (et encore, il y a des haters partout), il y a toujours un truc qui ne va pas.
D’une exposition violente et soudaine, où l’on voit la jeune fille du Sud rayonnante à sa sortie du loft, où elle avait tout gagné : la gloire, une histoire qui aurait pu être une histoire d’amour, de l’argent et surtout ce dont elle avait besoin : de la reconnaissance et de l’amour.
Résultat, Loana s’est enfoncée dans la dépression, les drogues, des addictions. Si les spectateurs ont vécu la période Loana comme un événement télévisuel historique, on se demande comment elle, seule face à ce tsunami de célébrité et de critiques, a vécu ce choc d’être hyper médiatisée.
La mort n’arrête même pas la fascination pour son corps. Même sur Instagram, on a filmé son corps emballé dans la housse blanche à la sortie de son immeuble, prêt à partir pour l’hôpital.
Tous témoins, tous coupables ? Le drame Loana
Avant même qu’elle soit connue, Endemol, la boîte de production de Loft Story, avait réécrit son histoire. À partir de son casting pour la toute première émission de télé-réalité, son image va lui échapper et on va construire pour elle un nouveau discours, et surtout s’atteler à lui coller toutes les pires étiquettes qu’on peut attribuer à une femme, à une jeune qui cherche la célébrité, en oubliant qu’elle n’a que 24 ans, qu’elle est maman et qu’elle est intelligente et sensible.
Loana est l’exemple malheureux des malheurs qui peuvent arriver dans la vie d’une femme : mise en image de son intimité, sexualisation de son corps, un viol et des moqueries de ses traumatismes. À croire que traumatiser des femmes célèbres ou riches est plus éthique et acceptable ?
Sur le même thème, je vous conseille le podcast de l’émission Les pieds sur terre intitulé “Le braquage de Kim K” qui donne la parole au braqueur de Kim Kardashian qui est félicité pour avoir ligoté été volé la star. Au procès des voleurs, on entend Kim raconter avoir eu peur de mourir et qu’elle pensait à ses enfants. Normal, c’est une humaine et c’est une mère. Comme si l’argent et la célébrité était une barrière contre les traumatismes.
Que peut-on retenir de la mort de Loana ?
Qu’on se détruit à vivre sous la pression des autres, qu’on consomme les femmes, leurs traumas, leurs corps et tout ce que l’on peut pour les adorer et les jeter en pâture en même temps.
C’est comme si Loana entretenait une relation toxique avec le public, la télévision et qu’en même temps, elle a fait rêver tellement de jeunes filles.
Sa mort a montré aussi un nouveau visage de la société : un visage plus bienveillant qui s’attriste de son sort, qui réalise qu’on n’a rien fait pour l’empêcher de sombrer.
Dans les médias, on fait quand même plus attention aux femmes. Les femmes font plus attention entre elles, il y a plus de bienveillance en général et d’entraide.
Il n’en reste que pour l’icône du loft, l’enfer c’était les autres. Et l’enfer, c’était aussi elle-même. Comme une dualité qu’elle n’était plus capable de supporter. L’image qu’elle devait renvoyer, l’image que le public a utilisée, l’image qu’on lui renvoyait à la figure et enfin, l’image qu’on ne voulait pas voir d’elle, celle d’une femme qui a souffert et qui a profité d’un système qui l’a tuée.
Elle a sûrement ouvert la voie à des femmes qui ont pu, car les mentalités ont évolué, assumer leur côté bimbo et jouer d’une pseudo candeur ou stupidité pour la transformer en succès financier, en entrepreneuriat ou autre. On pense à Nabilla par exemple et aux suivantes.
Les bimbos ont évolué et les mentalités avec. Paraître stupide et accepter de passer comme telle pour avoir de l’argent et du succès, c’est finalement le chemin le plus intelligent que prennent ces femmes, jugées pour leur corps et pour leur stupidité. Alors qu’elles ne font rien d’autre que de transformer une vulnérabilité et un besoin de reconnaissance en une sécurité financière ou émotionnelle.
Les bimbos, ces femmes qui changent le monde
Les bimbos, les cagoles ont souvent été dénoncées comme des femmes trop féminines, voire anti-féministes, alors que si on y regarde de plus près, ce sont justement elles qui font évoluer la société et le regard que l’on porte sur les femmes, parfois, comme Loana, à leurs propres dépens.
Image en une : ©Loana-AFP